La start-up britannique de fintech GoCardless supprime 90 postes pour retrouver la rentabilité
GoCardless, la société de paiements bancaires basée à Londres, a fait état d'une provision pour licenciements concernant environ 90 postes dans ses comptes de l'exercice 2025 déposés auprès de Companies House le 13 avril. Le chiffre d'affaires a atteint 155,5 millions de livres sterling pour l'exercice clos en juin 2025, contre 131,3 millions de livres sterling l'année précédente, tandis que les pertes avant impôts se sont réduites à 24,2 millions de livres sterling, contre 31,2 millions de livres sterling. La société prévoit d'enregistrer son premier résultat EBITDA positif sur une base ajustée en 2026, les dirigeants estimant que l'entreprise deviendra génératrice de trésorerie d'ici juin.
Ce que révèlent les données
Au cours des deux dernières années, GoCardless a mis en œuvre l'une des réorganisations tarifaires les plus transparentes du secteur de la fintech au Royaume-Uni. Les effectifs sont passés de 764 à un peu plus de 600 depuis 2023, une réduction obtenue grâce à des suppressions directes de postes et au transfert de fonctions administratives vers une filiale à l'étranger, ce qui a permis de réduire les coûts liés au personnel d'environ 11,7 millions de livres sterling. La dernière restructuration s'accompagne d'une provision de 4,2 millions de livres sterling destinée à couvrir les indemnités de licenciement et les coûts de fidélisation, que la société prévoit d'utiliser en grande partie au cours de l'exercice financier en cours.
Cette restructuration a eu lieu avant l'acquisition de GoCardless, pour un montant supérieur à 1 milliard d'euros, par la fintech néerlandaise Mollie, annoncée en décembre 2025, donnant ainsi naissance à un prestataire de services de paiement combiné desservant plus de 350 000 entreprises à travers l'Europe. Cette opération confère une dimension stratégique à la maîtrise des coûts : un compte de résultat plus clair facilite en effet une intégration plus harmonieuse.
Le contexte général n’est guère encourageant pour ceux qui espèrent qu’il s’agit d’un cas isolé. Depuis le début de l’année 2026, 231 vagues de licenciements ont touché près de 92 000 personnes au sein d’entreprises technologiques. Le secteur de la fintech figure en tête de cette liste. Block, la société mère de Square et de Cash App, a supprimé 4 000 postes début 2026, soit près de 40 % de l’ensemble de ses effectifs. La croissance du chiffre d’affaires et la réduction des effectifs évoluent désormais en parallèle dans l’ensemble du secteur, ce qui était rarement le cas pendant les années d’expansion.
Ce que cela signifie
L'histoire de GoCardless ne se résume pas à celle d'une simple start-up londonienne du secteur des technologies financières qui met de l'ordre dans ses comptes avant la finalisation d'une acquisition majeure. Elle constitue un indicateur clair de la direction que prendront les entreprises B2B de SaaS et de technologies financières en matière de stratégie de ressources humaines en 2026.
Ce qu’a fait GoCardless avec son centre de Riga (en délocalisant le support opérationnel et produit de première ligne hors de Londres afin de réduire considérablement les coûts) constitue une variante d’une stratégie de restructuration des coûts que de plus en plus de fintechs britanniques envisagent désormais sérieusement pour leurs fonctions d’ingénierie. La logique est simple : le coût de la main-d’œuvre au Royaume-Uni a augmenté, la loi sur les droits du travail (Employment Rights Act) impose des obligations supplémentaires aux employeurs, et la patience des investisseurs face aux pertes d’exploitation est moindre qu’il y a deux ans.
La position de l’Inde dans ce débat s’est considérablement renforcée. Le secteur technologique indien devrait employer environ 6 millions de professionnels au cours de l’exercice 2026, formant 1,5 million d’ingénieurs chaque année, les modèles d’externalisation permettant de réduire les coûts de 30 à 50 % par rapport au recrutement sur les marchés occidentaux. Wisemonk : Cet écart de coûts prend une tout autre dimension dans le compte de résultat d’une entreprise de fintech lorsque l’EBITDA ajusté passe du statut d’objectif à celui d’échéance. Selon le Rapport d'analyse sur les services informatiques en Inde à l'horizon 2026, Le marché indien des services informatiques devrait atteindre près de 300 milliards de dollars de chiffre d'affaires au cours de l'exercice 2026, la fintech et les paiements numériques s'imposant comme l'un des principaux secteurs stimulant la demande de talents spécialisés en ingénierie.
Les atouts structurels de l'Inde ne se limitent pas à l'arbitrage salarial. L'Inde compte désormais plus de 1 700 centres de compétences mondiaux qui génèrent 64,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires et emploient 1,9 million de professionnels, avec CCG un chiffre d'affaires ayant progressé à un TCAC de 9,8 % au cours des quatre dernières années. Selon le Analyse des investissements en Inde 2026 Selon ce rapport, plus de 90 % de ces centres fonctionnent désormais comme des pôles multifonctionnels couvrant les domaines de la technologie, des opérations et de l'ingénierie produit. Les entreprises britanniques qui y implantent des capacités d'ingénierie ne cherchent pas seulement à bénéficier de salaires moins élevés. Elles s'inscrivent dans un écosystème de talents qui ne cesse de se développer depuis une décennie.
Pour les entreprises de technologie financière en phase de restructuration, la voie la plus pratique pour s'implanter en Inde ne nécessite pas la création d'une entité locale. Accords relatifs à l'« employeur officiel » permettre aux entreprises d'embaucher des salariés à temps plein en Inde, en confiant à un prestataire tiers la gestion de l'ensemble des avantages sociaux obligatoires et le respect de la législation du travail, ce qui permet de simplifier l'organigramme et de limiter les risques liés à la conformité à une période où les dirigeants sont déjà très sollicités.
Que regarder ensuite ?
L'intégration de Mollie et GoCardless, qui devrait s'achever vers le milieu de l'année 2026, permettra de vérifier à court terme si la restructuration des coûts a donné les résultats prévus par le conseil d'administration. Si GoCardless parvient effectivement à générer des flux de trésorerie d'ici juin, attendez-vous à ce que d'autres fintechs britanniques, qui affichent encore des pertes d'exploitation et qui ont suivi de près l'évolution de ce cycle, publient des informations similaires.
Les dispositions élargies de la loi britannique sur les droits du travail (Employment Rights Act), qui entreront progressivement en vigueur d'ici 2026, continueront d'alourdir les coûts salariaux nationaux. Les entreprises qui ont reporté leurs décisions stratégiques concernant la répartition de leurs effectifs verront qu'il leur sera de plus en plus difficile d'esquiver la réalité financière d'ici le troisième trimestre.
Suivez également les données relatives aux IDE entrants publiées par le ministère indien du Commerce. Le montant total des IDE entrants en Inde a atteint 81,04 milliards de dollars au cours de l'exercice 2024-2025, soit une hausse de 14 % par rapport à l'année précédente, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Japon et le Danemark ayant tous renforcé leurs activités dans ce pays. Si les entreprises technologiques britanniques continuent de contribuer à cette progression, l’approche de GoCardless en matière d’efficacité opérationnelle, de réduction des coûts sur le marché national et de renforcement des capacités à l’étranger passera du statut d’exception à celui de tendance structurelle.
Les entreprises qui suivent cette évolution de très près ne sont pas les analystes. Il s'agit des fondateurs d'entreprises britanniques spécialisées dans le SaaS et la fintech, qui ont constitué des équipes d'ingénieurs locales pendant les années de croissance et qui sont désormais, pour la première fois, amenés à justifier le coût par ligne de code.
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